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PEU
A propos du ‘Peu’
- Note de l’artiste
En effeuillant
la marguerite : je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément,
à la folie, pas du tout…j’ai pris le «
peu » pour en faire un tout.
Me jouant de l’homophonie avec la lettre « P »
(pe) j’en ai fait un nom propre, un « PEU ».
Cela ne se traduit pas bien sûr ! La liaison se fait à
l’écriture et non au son.
Mon PEU reste un PEU malgré de légères modifications
phonématiques : c’est le Nom propre de mon Art.
L’art du PEU inaugure ainsi un art nouveau, comme il y a
l’Art de la danse, de la musique, de la peinture…,
je crée l’Art du PEU.
Art hybride qui se fonde dans l’attitude de l’intention,
il triture allègrement le concept qui l’anime : le
PEU, c’est l’art du concept intégré,
le huitième art.
La graphie de la lettre « p » (pe) devient alors le
support d’une quantité donnée à voir
dans chaque pièce de PEU : de jaune, de rouge, de dessins,
de cartes…et même de lettres écrites !
Le son « pe » de la lettre p signifie dans son rapport
homophonique le mot peu qui évoque une faible quantité
(guère).
Sans peu, rien n’est possible.
J’ai pris un « pe » pour m’assurer d’une
surface de livraison sur la lettre et j’en ai fait un PEU,
une forme d’art.
En tirant à nous le monde « peu à peu »,
nous découvrons l’inépuisable du texte contenu
dans sa lettre, son radical qui vitalise le souffle indéfectible
qui donne vie.
Le monde est donné à lire, ce sont les aveugles
qui le voient. Quelle lecture faire alors de cette forme donnée
à la lettre, ici p, d’où vient-elle ?
Nous savons que sa matérialité visuelle ne dépend
nullement de sa fonction de notation ni de figuration de l’objet.
Elle est marque distinctive, isolement du trait. En tant que telle,
elle est nommée de son nom, c’est du lire pur !
Elle est le support idéal pour donner à voir un
monde qui ne peut être que lu, c’est la seule raison
d’être de la lettre.
Chaque pièce porte en elle ce paradoxe, celui d’une
impossible adéquation, d’un reste inassimilable,
inabsorbable.
Il reste toujours un peu.
C’est pour cela que je t’aime un peu, un peu, un peu…
Le peu s’enracine dans le souffle
Si en Grec le peu, dont l’initiale est ? veut dire le souffle,
la respiration du monde, c’est et exprime tout mouvement
d’air, chez Jean Mas, nous pouvons dire que par son rappel
à la lettre « p », il se saisit de parcelles
du monde en donnant de l’air.
Donner de l’air au monde, c’est le libérer.
L’artiste n’est-il pas celui qui libère la
vie en nous livrant l’espace de son monde, sa construction,
son œuvre ?
Le « peu » concept philosophique
L’être n’est pas dans sa totalité, il
n’est qu’un « peu ».
« Si un homme qui se croit roi est fou, un roi qui se croit
roi ne l’est pas moins » Jacques Lacan
Et ce qui fonde l’avoir de l’être comme morceau
de miroir captif de l’image de l’Autre (du monde)
constitue le renoncement à l’accaparement d’une
totalité qui par exemple ferait du Beau, l’horizon
de toute création artistique.
Le peu, c’est le pas de l’être.
Etre du discours qui se fait entendre par le souffle des vents,
« p » lettre pet qui émane d’un fondement
culturel où la matière est à prendre ou à
laisser !
Prendre un peu et en laisser, c’est selon une expression
populaire se garder à une bonne distance en ne prenant
pas pour argent comptant ce qui se dit.
Le peu s’oppose à la totalité du mystique,
à la fusion de l’être.
Si le pas est la distance, le peu à peu serait plutôt
dans la qualité de la quantité.
Si un peu ça suffit, il peut être de tous bords,
de tous les excès.
Un peu s’en faut, je n’en peux mais…
Sans peu, rien ne peut se faire.
Produit
en 1989, le « Peu » est la formalisation plastique
du lien auditif-visuel de la lettre P de notre alphabet.
Le signe ‘P’, phonème au son ‘Peu’,
va être l’objet d’une interprétation
artistique.
Ce travail s’inscrit dans une démarche conceptuelle
et minimaliste.
L’objet est toujours représentatif de la lettre P
(la seule contrainte).
Sa taille, sa forme, sa couleur, son environnement sont variables
d’une création à l’autre.

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