
Raymond Hains

Bernar Venet

César

Marcel Alocco
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OMBRES D’ARTISTES
In "Ombres" par Jean Mas - Editions
Impressions d'art Jean-Michel Barrau - Nice 1992 - Textes de Jean Mas
Ombre de Raymond Hains
"L'idée l'amusait
beaucoup. Plus vous gagnez d'estime dans son amitié et plus il vous fait
attendre à l'occasion des rendez-vous posés. J'étais dans le parc de l'hôtel
Windsor : trois quarts d'heure s'étaient écoulés (ce qui est peu) lorsque, tout
souriant, il apparut. Très observateur, les mains derrière le dos il se prêta à
ce petit jeu tout en demandant au garçon de déplacer la table : il voulait
déjeuner à l'ombre. Il demanda la carte et m'expliqua par le menu l'élaboration
des mets chers à son palais... Nous goûtions tout en devisant à la douceur de
l'ombre propre à cette fin de saison".
Ombre d'Arman
"Je voulais fixer
son ombre dans ce passage rapide, ce transit où le corps reprend la terre.
L'avion vient d'atterrir : 13h55. Il ne m’attend pas mais je sais qu'il se
prêtera volontiers à mon jeu. Les demi-dieux ont ceci de commun avec les hommes
: ils peuvent créer, engendrer, mais ils font toujours face au soleil pour ne
jamais voir leur ombre. Et s'ils en montrent une, ce n'est jamais la leur. Je
pris celle qu'il voulut bien me donner mais dès qu'il eut tourné le dos, j'en
pris une deuxième."
Ombre de Bernar Venet
'Il passait, rapide, près du
Musée. En pointant son index vers la structure métallique, il fit un
commentaire à son ami Rottier. Par ce geste, je retrouvais celui qui des années
plus tôt performait des explications de graphismes, de courbes et de fonctions
qu'il exposait. M'a-t-il vu capter son ombre, lui dont les travaux semblent
naître d'un vœu qui engendre le concept d'œuvre dans une invitation à venir ?
Ce 'Venez', dans un jeu de mot mignon amuse-t-il l'artiste dans sa maîtrise
conceptuelle que j'avoue lui envier ? Aussi, cette œuvre où pointe un doigt
vers un lieu possible amorce-t-elle une nouvelle proposition'.
Ombre de Ben
"Mai, le mois des
cerises, le mois de Ben. L’arbre en était chargé, les branches ployaient. Il me
dit : "fais vite, j'ai du travail" et de sa main droite, il se mit à
cueillir les fruits rouges. J'eus l'impression qu'il les arrachait. "Ben,
les cerises, ça se cueille avec la queue !". Il propulsa avec sa bouche le
noyau si loin que seule une pratique quotidienne pouvait en garantir le succès.
Je photographiais alors son geste de cueillir : nul doute, nous étions bien à
l'aube de l'humanité ! Son ombre témoigne de la position de l'homme debout et
son geste est déjà celui qui revendique."
Ombre de César
'J'avais l'impression de jouer
au chat et à la souris, sauf que c'était la souris qui traquait le chat. Il
était chez son galeriste niçois et j'avais une fois de plus oublié mon appareil
! Tout cela semblait se compliquer lorsque je le rencontrais très entouré,
assis à la terrasse d'un café. Je n'étais pas seul à le photographier mais à la
différence des autres, ce qui m'intéressait, c'était son ombre. Sur le côté
droit du corps elle paraissait évoquer une compression. La popularité de César
est incontestable : des passants fusent constamment des 'bonjour César', puis
l'attroupement se forme. Aujourd'hui, je suis content : c'est réellement un
'bon jour' : j'ai une partie de l'ombre de César.'
Ombre de Serge III
'Au sortir de la galerie, nous
étions au moins d'accord sur un point : il y a plus de mauvais artistes que de
bons. L'allongement de son ombre me fit penser que nous étions en fin
d'après-midi et que j'avais encore tellement de choses à faire ! Inutile
d'essayer de le convaincre, il me fallait faire vite, prendre son ombre avant
qu'il ne se fâche : la sienne me paraissait plus longue que la mienne. Dans une
atmosphère de western, nous nous quittâmes en échangeant une poignée d'ombre et
en simulant sur le sol un serrement de main.'
Ombre de Marcel Alocco
'Après un petit déjeuner
artistique dans son atelier, nous décidâmes de sortir pour faire 'l'ombre'.
Cela nous prit une bonne partie de la matinée... Nous étions dans la rue en
cherchant l'endroit le plus propice à cet étalement lorsqu'un chat nous toisa.
Il me le montra du doigt. Je remarquais que l'ombre avait fait du mur son
support. Je tenais mon ombre parmi une dizaine d'autres possibles ! Sans doute
en raison du chas de l'aiguille que l'artiste met en œuvre pour constituer ses
patchworks. Nous étions en adéquation parfaite avec notre démarche.'
Ombre d'André Villers
'Ce jour-là, il me prit en
photo : surtout, 'beaux coups' de portraits. Il me laissa juste le temps de
mettre à l'œuvre mon projet. Je lui 'pris' son ombre, lui qui avait osé faire
des pliages d'ombres. Nous prîmes un verre... Son rolleflex ne le quitte
jamais. Il porte en lui cette boîte noire, partie intégrante de lui-même. Dans
son jardin, un de ses immenses photographes veille sur la maisonnée tel Argus
le géant aux cent yeux. De ses dix pieds de hauteur, il nous domine. André me
dit : "l'été, je profite avec bonheur de son ombre". Je pense alors
que leurs ombres se mêlent en dotant Villers d'innombrables yeux qu'il fait
jouer en les rassemblant dans son objectif. André voit par toute la surface de
sa peau, par toute l'étendue de son ombre".
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Arman

Ben

Serge III

André Villers
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